Il vous manque quelques trimestres pour partir au taux plein, et vous avez entendu parler du rachat. L'idée est séduisante : payer aujourd'hui pour partir plus tôt, ou toucher plus. Dans les faits, un trimestre racheté coûte plusieurs milliers d'euros, et l'opération n'est rentable que dans certaines configurations. Le calcul mérite d'être fait avant de signer.
Ce que l'on peut racheter
Au régime général, deux types de périodes peuvent être rachetées :
- vos années d'études supérieures, si elles ont abouti à un diplôme ou si vous avez été admis dans une grande école ou une classe préparatoire ;
- les années civiles incomplètes, c'est-à-dire celles où vous avez validé moins de quatre trimestres.
Les stages en entreprise effectués depuis mars 2015 peuvent aussi être rachetés sous conditions. Dans tous les cas, la limite est de 12 trimestres au total, et le rachat doit être fait avant de liquider votre retraite.
Les deux options, et pourquoi elles n'ont pas le même effet
Le rachat se fait selon l'une de deux options.
La première agit seulement sur le taux. Elle réduit ou supprime la décote, cette minoration appliquée quand il vous manque des trimestres. Elle coûte moins cher.
La seconde agit sur le taux et sur la durée d'assurance. En plus de réduire la décote, elle augmente le nombre de trimestres pris en compte dans le calcul de votre pension. Elle est plus chère, et n'a d'intérêt que si votre durée d'assurance est réellement incomplète au moment du départ.
Choisir la mauvaise option revient soit à payer pour rien, soit à ne pas obtenir l'effet attendu. C'est la première chose à vérifier.
Ce qui fait varier le prix
Le coût d'un trimestre dépend de trois éléments : votre âge au moment de la demande, vos revenus des trois dernières années et l'option choisie. Plus vous êtes proche de la retraite et plus vos revenus sont élevés, plus le trimestre est cher. Selon les profils, on va de quelques milliers d'euros à plus de 6 000 € par trimestre.
Deux éléments allègent la facture. Les sommes versées sont déductibles de votre revenu imposable : l'économie d'impôt dépend de votre tranche marginale, et elle est d'autant plus forte que vos revenus sont élevés. Pour les études, un tarif réduit s'applique pendant les dix ans qui suivent leur fin, dans la limite de quatre trimestres.
Le paiement peut se faire en une fois ou être étalé sur un à cinq ans selon le nombre de trimestres rachetés.
La méthode pour savoir si c'est rentable
Le raisonnement tient en trois chiffres.
D'abord, le coût net : le prix du rachat, diminué de l'économie d'impôt.
Ensuite, le gain mensuel : la différence entre la pension que vous toucherez avec le rachat et celle que vous toucheriez sans, à la même date de départ. Ce gain doit être calculé régime par régime, net de prélèvements sociaux et d'impôt.
Enfin, le délai de récupération : le coût net divisé par le gain annuel. Il vous dit au bout de combien d'années de retraite l'opération est remboursée.
Un exemple purement illustratif : un rachat qui coûte 9 000 € après déduction fiscale et rapporte 150 € net par mois est remboursé en cinq ans. Si vous partez à 63 ans, l'opération devient gagnante vers 68 ans, et l'est d'autant plus que la retraite dure. À l'inverse, un gain de 40 € par mois pour le même coût demande près de vingt ans pour être amorti.
Les cas où il vaut mieux s'abstenir
Le rachat est souvent inutile dans quatre situations.
Si vous comptez travailler jusqu'à l'âge du taux plein automatique, 67 ans, la décote disparaît de toute façon.
Si vous atteindrez le nombre de trimestres exigé en travaillant quelques mois de plus, continuer votre activité est presque toujours moins coûteux que racheter.
Si votre pension de base pèse peu dans votre retraite totale, parce qu'une grande partie de vos droits vient de la retraite complémentaire ou d'autres régimes, l'effet du rachat sera limité.
Enfin, si vous visez un départ anticipé pour carrière longue : les trimestres rachetés au titre des études ne comptent pas comme des trimestres cotisés pour ce dispositif.
Le bon moment pour se poser la question
Plus tôt, le rachat coûte moins cher, mais on manque de visibilité sur sa fin de carrière. Trop tard, il coûte plus cher et laisse peu de temps pour en étaler le paiement. La fenêtre la plus utile se situe souvent entre 50 et 58 ans, une fois le relevé de carrière vérifié : inutile de racheter un trimestre qui manque seulement parce qu'il a été mal reporté.
L'Assurance retraite propose un simulateur du coût. Il donne le prix, pas la rentabilité. Pour savoir si le rachat vaut son prix dans votre cas, il faut comparer plusieurs dates de départ avec et sans rachat. C'est l'objet d'une étude de rachat de trimestres, et je vous dis franchement quand l'opération n'en vaut pas la peine.
Article d'information générale, à jour à sa date de publication. Il ne constitue pas un conseil personnalisé.